La vocation des Interconnectés, réseau des territoires innovants est d’accompagner les collectivités dans leur transformation digitale. Les déjeuners-débats #HappyTIC que l’association organise permettent de rassembler, autour de la thématique de la culture numérique des intervenants et acteurs du territoire : collectivités, entreprises, universitaires et experts pour tenter de mieux comprendre les enjeux actuels du numérique en matière de médiation et d’éducation.

Ce 12 mai 2017, en ouverture de Super demain, les Interconnectés rassemblaient sur ces sujets :
Dorie BRUYAS, directrice de fréquence école
Damien BERTHILIER, conseiller de la métropole de Lyon en charge de l’éducation et du numérique
Orianne LEDROIT, directrice du pôle société numérique agence numérique

La culture numérique et Super demain

Dorie Bruyas introduit la rencontre en rappelant l’objectif poursuivi par Fréquence Ecoles et Super demain. Lorsqu’on parle de culture numérique, on traite à la fois de data/données, de jeux vidéo, de médias sociaux, d’information, de culture, de robotique et on inclut les enfants, au même titre que les parents qui les accompagnent. Ainsi ce projet associatif se veut également défenseur de la coéducation, avec l’appui d’une équipe pluri disciplinaire acculturée au sujet des cultures numériques. Super demain c’est un véritable laboratoire et une grande variété d’acteurs mobilisés.

L’éducation et la médiation à la Métropole : quelle stratégie politique locale ?

Damien Berthilier explique que s’il est souvent pensé qu’avec l’apparition du numérique et d’outils très technologiques, le politique s’efface, c’est en réalité tout l’inverse. En effet, la politique numérique éducative à l’initiative du gouvernement résulte d’un véritable choix politique : celui de mettre à disposition des outils, de donner la maîtrise de ces outils, et de leurs usages. Cette politique est portée par un réel enjeu démocratique de maîtrise de ces outils et du danger potentiel qui s’y rattache.

La politique du numérique éducatif a pour objectif d’expérimenter les usages et outils avec des personnes volontaires :

Le collège rameau à Champagne-au-Mont d’Or est précurseur en matière d’innovation et de numérique à l’école. L’établissement a profité d’une rénovation du lieu, pour entièrement retravailler les espaces du collège afin d’optimiser le travail des élèves. Ce projet « ECLA » résulte d’une volonté de l’établissement lui-même, et a fait l’objet d’une grande simplicité de conception avec la mise à disposition des locaux et outils numériques par des aménageurs institutionnels.
Dans ce même collège il a également été expérimenté le robot Beam, dont l’objectif pédagogique est l’interaction du collège avec son environnement extérieur. Mais également un robot pour récompenser les élèves de leurs résultats ou les aider à progresser dans leurs travaux.

Erasme : service de gestion de l’innovation à la Métropole a développé un Espace Numérique de Travail comme outil pédagogique à destination des élèves et de leur famille : il permet une interaction école/collège, avec les partenaires, et avec les établissements entre eux.

Edumix : l’évènement créatif et participatif pour réinventer lieux et pratiques d’enseignement (transposition dans le monde de l’éducation du format Museomix) a été expérimenté au sein du Collège Elsa Triolet à Vénissieux qui, à terme, devait être réaménagé. Pendant 3 jours le collège a été « remixé » par plusieurs acteurs volontaires pour travailler sur le collège de demain, imaginer et tester des propositions concrètes.

Ces interactions entre acteurs sont le résultat d’une volonté de la politique de la ville en matière d’éducation numérique.

L’Agence du numérique : pour une société numérique innovante et inclusive

L’Agence du numérique est un service au sein du ministère de l’économie à compétence nationale. Elle exerce 3 missions principales : le plan France très haut débit, l’initiative French Tech et le programme Société Numérique relatif aux questions d’appropriation du numérique, de montée en compétence, et de transition numérique du territoire.

La révolution numérique est une situation subie, qui transforme la manière de faire, de travailler et d’apprendre. Si l’on pensait, à une époque, que l’appropriation des usages se ferait sans accompagnement, aujourd’hui on assiste à une fracture consolidée par le numérique, des inégalités et des inquiétudes. Quelques chiffres :

• 20% des internautes français ne s’estiment pas à l’aise avec l’utilisation d’internet
• Baisse significative dans la confiance concernant l’utilisation d’internet en France en 2016 (- 3 points)
• 40% des Français se disent inquiets à l’idée de réaliser des démarches administratives en ligne.
• Pour plus d’1/4 des français, l’accompagnement dans l’appropriation de ces nouveaux usages revient au pouvoir public.

Partant de ce constat, le Programme Société Numérique vise à̀ faire de la France une société numérique innovante et inclusive, avec deux préoccupations :

• Assurer l’égalité des territoires et des citoyens dans l’appropriation des usages et potentialités numériques.
• Porter une stratégie économique : la montée en compétences numériques de tous favorise la croissance économique et l’emploi.

L’Agence du numérique met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité́ de tous à saisir les opportunités du numérique et pour accompagner la transition des territoires autour de 3 axes d’intervention :

• Outiller au mieux les stratégies locales et les médiateurs numériques (plateformes, net public et laboratoire collaboratif qui a pour but d’agréger des savoir afin identifier des besoins prioritaires d’action)
• Structurer les acteurs qui font de l’accompagnement numérique : création de la MedNum, coopérative d’intérêt collectif à l’occasion des Assises de la Médiation numérique (novembre 2016) qui rassemble l’intégralité des acteurs parties prenantes sociétaires. Cette SCIC est née d’un besoin d’un collectif fort de mutualisation de compétence et de moyens, et répond à une double nécessité́ de structurer un modèle entrepreneurial tout en sanctuarisant la dimension d’utilité́ sociale et collective des actions de médiation numérique. A terme, cette coopérative a vocation à être opérationnelle et autonome, au service des sociétaires.
• Accélérer la montée en compétence numérique avec l’initiative de chèque numérique, projet porté par Médias-Cité (Aquitaine), comme outil d’accompagnement dans la dématérialisation des services publics.

Place aux échanges dans la salle

Cédric Lambert – Chargé de Mission Développement Numérique, Région Auvergne Rhône-Alpes, interroge sur la façon de se saisir de la 8ème compétence numérique du référentiel européen concernant les « compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie ».

Pour Fréquence Ecoles, l’enjeu repose sur la définition même du terme de « compétence » :
Au niveau de l’école il existe 3 niveaux de compétences : informationnelle, manipulatoire et stratégique.
La notion de soft kills ou compétence transversale comme la capacité à travailler en équipe, bouleverse également la manière d’éduquer et ne doit pas être négligée.
Il faut poser la question des compétences, chercher ce qu’on va évaluer avant de passer à l’action. Sur ce point, en matière de culture numérique et de fracture numérique et sociale, l’exemple de la lecture est parlant : souvent lorsqu’une personne est en difficulté numérique c’est déjà parce qu’elle ne maîtrise pas la lecture, condition essentielle dans la culture numérique.

L’Agence du Numérique, estime qu’au-delà du sujet de compétence, il s’agit de faire émerger un référentiel d’action de médiation numérique comme base pour identifier ce qui se fait :
La notion de mise à disposition de compétences : l’un des enjeux concerne surtout l’évaluation et la certification des compétences. Le référentiel européen a identifié 8 niveaux de compétences numériques qui servent de base au déploiement du projet PIX qui nécessite une collaboration avec l’éducation nationale pour que ces compétences soient reconnues par les entreprises dans une logique d’emploi.
Le réseau « grande école numérique » : propose un programme de formation aux métiers du numérique sur tout le territoire mais également d’identification de ces métiers afin d’avoir une idée plus précise des opportunités professionnelles autour de ces questions.

Du côté de la Métropole de Lyon, les questions de socle de connaissances, de compétences et de cultures doivent se poser à l’échelle européenne. On ne peut pas savoir comment valoriser les compétences si on ne s’interroge pas sur le système éducatif propre à chaque état.

Des difficultés et des exclusions

Sylvie Patouraux – Chef de service Conseil département de Savoie estime que les exclusions sont accentuées en matière de numérique. La vraie problématique concerne la dématérialisation de l’ensemble des accès aux droits par toutes les administrations, entraînant une rupture des droits.
Frequence Ecoles rajoute que la médiation numérique passe par la notion de confiance mais aussi par l’accompagnement des travailleurs sociaux et une meilleure implantation des outils.

Cyril Roat – Directeur Marketing et Communication – SMERRA aborde l’usage du numérique par les jeunes : Snapchat, Google … Le constat est que l’on peut utiliser ces outils sans bien les connaître, mais simplement parce qu’un résultat est perceptible. Ainsi il semble utile d’organiser des ateliers de formation qui participent à la compréhension des usages numériques notamment dans le cadre d’événements tels que Super demain.

Xavier Lavayssière, président des Bricodeurs pose la question du rôle de l’action publique dans l’exercice de la citoyenneté de chacun.

Pour la Métropole, à l’échelle locale des tensions permanentes existent entre la place du politique et l’usage du numérique vis-à-vis des élus. Le numérique transforme la façon d’être des citoyens, des élus en créant une horizontalité.

Sarah-Diane Ritt chargée de communication GRETA nord Isère : Structure qui a essayé de développer et d’accompagner les stagiaires dans le numérique par la mise en place de formations à distance. Cependant le Greta a rencontré des obstacles tels que des demandes de justificatifs de la part de la région qu’il était impossible de délivrer. Cela a entraîné une démotivation des intervenants de l’équipe. Une action est à mener pour aller vers davantage de reconnaissance du travail à distance, et plus de bienveillance et de confiance envers les structures en action sur le terrain.

Mais aussi de nombreuses initiatives

Françoise Prouvoyeur – Conseillère pédagogique Wi-filles et membre du collectif LDigital souhaite féminiser les métiers du numérique en partant du constat selon lequel les filles sont nettement minoritaires dans les filières informatiques et techniques et les études en lien avec le digital. Wi-filles propose un programme d’initiation aux métiers techniques de l’informatique réservé aux filles pour sortir des préjugés et intégrer plus de femmes.

Sébastien Guerendel, Consultant SI Santé – Elycoop propose des ateliers qui prennent la forme de think tanks avec des professionnels de la santé, comme l’atelier « bien vieillir et le numérique ».

Angelique Figari – Directrice service jeunesse, ville de Feyzin rappelle que du côté de l’éducation, les enjeux sont les mêmes, la ville a participé à edumix, et a monté un atelier dans un collège avec un fablab afin de travailler la créativité, et de parler de la découverte des métiers aux collégiens. En matière de numérique, l’enjeu est de s’adapter aux pratiques quotidiennes des jeunes et d’en faire un levier par rapport à leur découverte du monde (culturel, pratique artistique).

Marie-Amandine Vermillon – Chargée de médiation au TUBA : L’activité du TUBA repose notamment sur l’expérimentation, avec les habitants, des services qui leur sont adressés mais également sur un travail de médiation culturelle urbaine numérique auprès du grand public, visant à amener à la culture de la donnée.
Le Tuba préconise de transformer la manière de faire et d’agir, et d’avoir une approche transversale et transdisciplinaire qui consiste à ne pas se focaliser seulement sur le numérique.

Emmanuelle Jouas – chargée de développement tiers lieux Locaux Motiv’, projet associatif qui repose sur une mutualisation de moyens et une gestion assurée par la coopération de ses membres. Le tiers lieu est auto géré et propose de la médiation numérique autour du code (coding goûters) notamment avec Framasoft mais également un incubateur ESS. L’association porte un projet d’acculturation pour orienter vers des outillages en termes d’usage collaboratif.

La question de la transversalité

Martin Yves-Armel, directeur d’ERASME estime que les problèmes de transversalité résultent des structures qui se complexifient. Il préconise de penser autrement : en instaurant un cadre de confiance, une culture de gouvernance délocalisée, et une réorganisation interne. Comme le fait edumix qui crée un cadre de confiance et permet des méthodes beaucoup plus agiles. A terme, il faudrait mettre en place des API à transposer dans les organisations. Il faut transformer la manière de faire et embarquer tout le monde par un travail systémique !

Pour la métropole, il est possible de faire de la transversalité et de dépasser les cadres, edumix est un bon exemple de portage public et d’hybridation. On peut porter une politique en commun et que chacun y trouve un bénéfice même si cela reste difficile.

En guise de conclusion

Fréquence Ecoles préconise d’avoir une vision stratégique à long terme, de déconstruire pour reconstruire des projets qui ont du sens. De transformer en profondeur une société bouleversée par le numérique.

Pour la métropole les politiques doivent évoluer chacune en fonction d’une stratégie défini pour progressivement avoir une stratégie ensemble.

Enfin, pour l’Agence du numérique, associer le citoyen au projet va devenir une nécessité, mais il faut une volonté politique d’avancer ensemble, et il est important d’organiser des évènements comme Super demain !

En matière de territoire intelligent, l’intelligence n’est pas artificielle mais bien humaine, locale, collective et c’est sur cela que reposera la transformation numérique de la société. Donnons force aux 3 dimensions inséparables de « l’empowerment » : personnelle, collective, citoyenne.

> Compte-rendu rédigé par Anna Fenoglio – Les Interconnectés

One thought on “L’éducation au numérique : une action concertée entre tous les acteurs du territoire”

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