Xavier Lavayssière a fondé l’association Les Bricodeurs qui a pour objectif de permettre à tous de devenir un citoyen averti dans notre univers connecté. Cela passe avant tout par une compréhension a minima du fonctionnement de la programmation. Nous le retrouvons à la Maison des Mathématiques et de l’Informatique où une quinzaine d’enfants suivent un atelier qui leur permettra au bout de 5 demi-journées de réaliser une chorégraphie de robots sur la musique de Saint-Saëns !

Carnaval des robots

> Quelques réactions à la fin de l’atelier

> Et une conversation sur les objectifs de l’association des Bricodeurs

Super demain : Avec l’atelier “Le Carnaval des Robots”, vous apprenez aux enfants à programmer en s’amusant !

Xavier Lavayssière : Notre idée est de faire des ateliers qui soient à la fois ludiques et créatifs mais axés sur des compétences techniques et notamment celles de la programmation. Nous avons pour ambition majeure de sensibiliser les enfants au fonctionnement des machines qui nous entourent.

Beaucoup de personnes ont dans l’idée que parce que nous abordons des sujets techniques, l’apprentissage va devenir austère et formel. Au contraire, nous sommes persuadés que quand nous nous amusons avec des concepts, nous les comprenons mieux !

D’ailleurs l’un des objectifs majeurs de votre association Les Bricodeurs est de donner des clefs pour devenir un citoyen averti dans le monde numérique.

Oui, nous pensons que le numérique aujourd’hui est plus qu’un hobby ou une discipline, c’est vraiment quelque chose qui est en train de transformer la société. Il est essentiel que toutes les tranches d’âge et catégories sociales de la population aient des clefs pour comprendre.

Parfois nous offrons une première marche pour des jeunes qui voudraient s’orienter vers ces carrières professionnelles avant qu’ils ne se dirigent vers des formations plus complètes.

Vous vous adressez à quel type de public ?

L’association s’adresse à des publics différenciés en fonction des activités. Nous travaillons beaucoup avec les 10 – 16 ans sur des ateliers de programmation. Le volet “premiers pas vers une carrière de développeur” s’adresse plutôt à de jeunes adultes ou des personnes en reconversion. Nous observons qu’une part croissante de la population a compris qu’il y avait des opportunités et un enjeu avec cette discipline. Je suis d’ailleurs convaincu qu’en tant qu’association, il ne faut pas toujours aller contre les pratiques des gens avec un message militant, mais aller cueillir les dynamiques là où il y a l’émergence d’une intention dans la population et aller répondre à cette demande. C’est là que nous sommes le plus pertinent et que nous avons le plus d’effet.

Enfin, nous faisons partie d’un réseau de développeurs professionnels qui permet d’échanger des compétences, refiler des plans, … une dimension importante pour les indépendants que nous sommes.

Vous serez présent à Super demain au mois de mai. Qu’allez-vous proposer ?

Nous avions beaucoup aimé la première édition de Super demain. Des événements dans le numérique aujourd’hui, il y en a pléthore. Tous n’ont pas une vision positive du numérique et du futur et c’est ce que j’apprécie avec Fréquence écoles. Cela ne veut pas dire que nous sommes naïfs, mais plutôt que de faire des formations pour sensibiliser aux dangers d’internet, nous préférons apprendre aux enfants à bien utiliser internet.

Dans la méthode également, nous étions ravis de pouvoir co-construire l’événement dans un objectif de bénéfice mutuel.

Cette année, nous voudrions proposer un contenu pédagogique associé à des réalisation. C’est typiquement ce que nous réalisons avec le Carnaval des Robots mais aussi avec deux autres ateliers sur le thème de Casse-Noisette et le Petit Prince. Nous permettrons aux enfants qui étaient présents à ces ateliers de présenter leurs réalisations à Super demain et en parallèle, nous exposerons les méthodes pédagogiques que nous améliorons d’année en année aux éducateurs, médiateurs ou tout autre public curieux de ces apprentissages.

Qu’est-ce qui fait le succès de ces ateliers auprès des jeunes publics selon vous ?

Les sujets de la programmation accrochent bien pour plusieurs raisons : les parents déjà, ont compris qu’il y avait un enjeu pour leurs enfants et du coup sont moteurs dans l’initiative. C’est fondamental dans le cadre d’activités extra-scolaires. Les enfants aussi sont preneurs, à la fois parce qu’ils utilisent l’ordinateur tous les jours et ont parfois envie d’aller plus loin dans la compréhension, mais aussi parce qu’ils ont la possibilité, à travers ces outils de toucher à d’autres sujets. Je pense que le plus important c’est le côté créateur. Nous manipulons une espèce de Légo infini ! J’ai besoin de nouvelles pièces pour créer un objet, j’ai accès de façon illimitée aux objets que je souhaite. Je peux ensuite le faire interagir, lui donner toutes les fonctionnalités que je veux, mon pouvoir de création est infini dans l’univers virtuel.

Vous leur donnez des super pouvoirs !

Dans tous nos ateliers, nous transmettons aux enfants des compétences et de la compréhension technique fondamentale, presque scolaire pour bien comprendre le fonctionnement. Des exercices pour apprendre à faire par groupe : apprendre en faisant, avec un objectif, un projet global et pas seulement un exercice sur un cas isolé.

Enfin, nous valorisons un temps créatif pour imaginer le niveau suivant, la suite de l’histoire. L’effet est génial : l’outil et la programmation devient secondaire, l’enfant a envie de créer et de produire quelque chose et il va chercher coûte que coûte les fonctionnalités qui vont lui permettre de faire cela. Souvent d’ailleurs, il va plus loin que l’adulte. Être motivé par son envie de créer se révèle très gratifiant et efficace. Beaucoup plus que de se dire que ce sera utile pour un boulot plus tard dont ils ne cernent même pas les contours …

Il perçoivent ainsi différemment l’univers numérique dans lequel ils baignent ?

C’est fascinant de voir que toutes les applications qu’on utilise ne sont en définitive pas si compliquées. Une fois que nous avons compris quelques éléments, nous avons vite l’instinct du fonctionnement général et nous pouvons aborder la question des stratégies et enjeux sous-jacents. C’est tout l’enjeu aujourd’hui avec le numérique. Ce formidable outil est aussi un véhicule de modèles économiques, de structurations politiques, d’interactions sociales. C’est pourquoi il est très important que tout le monde acquiert vite cette compétence pour pouvoir passer au sujet suivant : comment fonctionne l’algorithme facebook, comment nous sommes stimulés à travers ces outils, comme des populations peuvent se mobiliser grâce à ces outils … il y a de grands enjeux de société qui sont difficiles à appréhender si nous n’avons pas un minimum de compréhension du fonctionnement basique.

« Manipuler pour apprendre et apprendre pour comprendre », un credo qui parle aux équipes de Fréquence écoles ! C’est parce que nous sommes convaincus que l’éveil de l’esprit critique se co-développe avec les compétences d’usages que nous encourageons les acteurs de l’éducation – professeurs comme parents – à partager les pratiques numériques des jeunes pour mieux les accompagner.

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